L’artiste français JR rend hommage à l’œuvre emblématique The Pont Neuf Wrapped imaginée par les célèbres artistes Christo et Jeanne-Claude

À cette occasion, le plus ancien pont de Paris se transforme du 6 au 28 juin 2026 en une immense caverne minérale grâce à une installation spectaculaire mêlant illusion visuelle, réalité augmentée et expérience immersive.

Cette création monumentale est organisée à l’occasion du quarantième anniversaire de l’empaquetage du Pont-Neuf réalisé en 1985, une œuvre devenue iconique dans l’histoire de l’art contemporain. Pendant plusieurs semaines, le pont avait été entièrement recouvert de toile dorée, attirant des millions de visiteurs et marquant durablement l’espace urbain parisien.

L’hommage de JR ravive le souvenir de plusieurs décisions majeures en droit de la propriété intellectuelle, et plus particulièrement en droit d’auteur.

La reconnaissance d’une œuvre de l’esprit protégée par le droit d’auteur

À la suite de l’installation de 1985, Christo avait engagé une action en contrefaçon contre une société britannique ayant filmé l’œuvre depuis un hélicoptère sans autorisation. La société soutenait alors qu’il s’agissait avant tout d’un simple événement d’actualité, librement reproductible, et non d’une œuvre susceptible d’être protégée par le droit d’auteur.

Cependant, dans un arrêt du 13 mars 1986, la Cour d’appel de Paris (CA Paris, 13 mars 1986, n° 85/16542) a reconnu que l’empaquetage du Pont-Neuf constituait bien une œuvre de l’esprit originale malgré son installation temporaire sur un monument appartenant au domaine public. Les juges ont ainsi affirmé que toute reproduction ou représentation de cette création nécessitait l’autorisation préalable des auteurs.

Cette décision illustre la volonté de garantir aux artistes le monopole d’exploitation de leurs œuvres même lorsque celles-ci prennent place dans l’espace public. Le caractère éphémère ou monumental de la création ne fait donc pas obstacle à sa protection juridique.

Les limites de la protection : une idée ou un procédé n’est pas une œuvre de l’esprit

Quelques années plus tard, une nouvelle affaire vient toutefois nuancer cette protection. En 1987, Christo engage une seconde action en contrefaçon contre une agence de communication qui avait emballé des arbres dans le cadre d’une campagne promotionnelle. L’artiste estimait alors que cette mise en scène reprenait son style et ses procédés artistiques.

Le TGI de Paris rejette néanmoins sa demande en rappelant un principe fondamental du droit d’auteur : seules les œuvres originales sont protégeables, et non les idées ou concepts abstraits qui les inspirent. Ainsi, le fait d’empaqueter des objets ou des monuments ne peut être monopolisé par un artiste car il s’agit là d’une démarche artistique générale et non d’une création déterminée.

Les juges rappellent alors qu’accorder une protection sur une simple idée reviendrait à empêcher toute réutilisation de certains procédés artistiques et à freiner la liberté de création. Le droit d’auteur protège donc la forme originale d’une œuvre, mais pas le courant esthétique ou la méthode artistique qui en découle.

Un équilibre entre création et liberté artistique

Cette affaire, devenue emblématique en propriété intellectuelle, rappelle ainsi l’importance de préserver un équilibre entre la protection des œuvres de l’esprit et la liberté d’expression artistique et illustre parfaitement le célèbre adage de Maxime de Desbois selon lequel « Les idées sont de libre parcours ».

En définitive, l’hommage rendu aujourd’hui par JR au Pont-Neuf démontre que les grandes œuvres continuent d’inspirer les artistes contemporains tout en nourrissant la réflexion juridique autour du droit d’auteur. Entre mémoire artistique, innovation immersive et débats juridiques, le Pont-Neuf demeure plus que jamais un symbole de dialogue entre l’art et le droit.

Paris : JR transformera le Pont Neuf en 2026 pour en faire « la plus grande œuvre immersive au monde »

Par Alexia Uzan, stagiaire M2

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Julie Gautier

Avocate collaboratrice

Inscrite au barreau de Marseille depuis 2021, Julie possède un Master 1 en droit des affaires, un Master 2 en droit de la propriété intellectuelle ainsi qu’un DJCE. Ses expériences au sein de Cabinets d’avocats et d’entreprises comme le Groupe M6 lui permettent de saisir les enjeux complexes de la propriété intellectuelle et d’accompagner les créateurs et entrepreneurs dans leurs besoins en la matière.

Egalement médiatrice, cette compétence enrichit sa pratique du droit pour faciliter le dialogue en cas de conflit et favoriser des solutions amiables et créatives.

Passionnée par la transmission, Julie intervient en tant que chargée d’enseignement au sein du Groupe Mediaschool où elle enseigne le droit du numérique. Elle accompagne aussi régulièrement les étudiants dans leur orientation professionnelle via la plateforme Myjobglasses pour partager son expérience.

En parallèle de son activité, Julie a été membre élue de la Commission du Jeune Barreau de Marseille de 2021 à 2024 et est membre de plusieurs associations, dont :

Julie adore l’artisanat et la culture provençale, et aime participer à la protection de ces domaines. Elle pratique également le yoga et la randonnée, des activités qui renforcent la concentration et la persévérance, des qualités essentielles pour exercer la profession d’avocat.

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